Le processus de croissance chrétienne est un long parcours qui exige une vie de prière assidue, un examen de conscience sincère, une étude soutenue et minutieuse des Écritures, ainsi qu’un apprentissage fidèle où une théologie solide se transmet d’un croyant à l’autre. La croissance ne se fait pas par hasard ; elle se cultive à mesure que nous apprenons la vérité, que nous l’adoptons, puis que nous la mettons en pratique dans les détails ordinaires de la vie.
Les puritains comprenaient cette dynamique avec une clarté remarquable. Pour eux, le lien entre les Écritures, la théologie et la vie quotidienne était indissociable. L’idée d’aborder les décisions de la vie sans appliquer la vérité biblique leur aurait été inconcevable. Ils savaient que la doctrine façonne le caractère, oriente les choix et constitue l’essence même de la vie chrétienne. Et ils en reconnaissaient également le danger : lorsqu’un croyant s’égare dans un système théologique faussé, les conséquences ne sont ni minimes ni théoriques — elles sont graves, touchent tous les aspects de la vie et conduisent souvent à un préjudice spirituel. Une théologie saine n’est pas simplement une quête académique ; c’est l’élément vital de la maturité chrétienne.
L’apôtre Paul l’avait compris mieux que toute autre personne. Il avait pris conscience des conséquences désastreuses d’une théologie qui s’éloignait de la pureté de l’Évangile de Jésus-Christ. Il n’a pas mâché ses mots pour condamner les faux enseignants.
Le texte
Vous couriez bien: qui vous a arrêtés, pour vous empêcher d’obéir à la vérité? Cette influence ne vient pas de celui qui vous appelle. Un peu de levain fait lever toute la pâte. J’ai cette confiance en vous, dans le Seigneur, que vous ne penserez pas autrement. Mais celui qui vous trouble, quel qu’il soit, en portera la peine. Pour moi, frères, si je prêche encore la circoncision, pourquoi suis-je encore persécuté? Le scandale de la croix a donc disparu! Puissent-ils être retranchés, ceux qui mettent le trouble parmi vous! Frères, vous avez été appelés à la liberté, seulement ne faites pas de cette liberté un prétexte de vivre selon la chair; mais rendez-vous, par la charité, serviteurs les uns des autres. Car toute la loi est accomplie dans une seule parole, dans celle-ci: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous ne soyez détruits les uns par les autres.(Galaties 5:7-15)
Le coureur qui a trébuché
En abordant les versets 7 et 8, Paul pose une nouvelle question rhétorique poignante, tout comme celle qu’il avait posée auparavant : « Qui vous a ensorcelés ? » (3, 1). Cette fois, il demande : « Qui vous a empêchés d’obéir à la vérité ? » Ces croyants « couraient bien », progressant fidèlement dans leur marche avec le Christ, mais quelqu’un les avait fait dévier de leur trajectoire. Paul compare souvent la vie chrétienne à une course (1 Corinthiens 9, 24), et son langage ici fait écho à sa crainte antérieure que son ministère n’ait été « en vain » (2, 2). Ce qui avait été entravé, c’était leur obéissance à la vérité, qui était la pure vérité de l’Évangile, sans les conditions de l’Ancienne Alliance. Quiconque s’est mis sur leur chemin et a perturbé leur course — peut-être les judaïsants, ou même ces responsables trop timides pour les affronter —, Paul affirme clairement au verset 8 que cette influence ne venait pas de Dieu. Le Seigneur qui les avait appelés à la liberté du Christ ne les ramènerait jamais dans l’esclavage. Dieu les avait appelés à l’Évangile de la grâce pour qu’ils reçoivent le salut par Jésus-Christ, son Fils, et qu’ils mènent en lui une vie libérée de la loi.
Les hommes du levain
Ceux qui les avaient empêchés d’obéir à la vérité sont visés au verset 9 par une expression très familière : « Un peu de levain fait lever toute la pâte ». Le levain servait à faire fermenter le pain, généralement en le prélevant d’une autre pâte. Ce levain, quelle que soit sa forme, se répand dans toute la pâte. Le levain symbolise généralement le péché ou le mal qui s’infiltre s’il n’est pas éliminé. Il commence petit et passe inaperçu, mais il possède une force destructrice et se propage. C’est exactement pour cette raison que Jésus met en garde contre le levain des pharisiens (Matthieu 16, 6). Le but de la métaphore du levain n’est pas de dire qu’il est mauvais en soi, mais qu’il est associé au péché ou à la fausse doctrine. Ce que le levain symbolise, c’est un agent de propagation. Tout ce que le levain propage finit par prendre le dessus. À titre d’aparté, même si le levain dans ce contexte fait probablement référence à l’influence d’un faux enseignement, les Écritures n’utilisent pas toujours le levain de manière négative. Dans Matthieu 13, dans la parabole du levain, l’image véhicule un message tout à fait différent. Chaque fois que les Écritures utilisent le levain pour illustrer quelque chose de pécheresse, cela s’accompagne presque toujours d’un avertissement. Ce n’est pas le cas dans Matthieu 13, et ce récit ne se termine pas par un jugement, contrairement à d’autres paraboles associées à des figures négatives telles que l’ivraie, la graine qui ne porte pas de fruit ou les mauvais poissons. Au contraire, le levain de Matthieu 13 s’inscrit beaucoup plus naturellement dans l’image encourageante de la graine de moutarde qui le précède. Les judaïsants, quant à eux, c’était une tout autre histoire. Il fallait se garder de leur doctrine, sous peine de voir celle-ci se répandre dans toutes les Églises de Galatie.
La confiance, sinon…
Le début du verset 10 met en évidence la confiance que Paul accorde aux destinataires de cette lettre — sa certitude qu’ils finiront par se rallier à la vérité. Il est convaincu qu’ils feront ce qu’il faut ! Il croit sincèrement qu’ils n’adopteront aucun autre point de vue. Ils choisiront la vision transmise par Dieu à travers Paul, la vérité qui leur a été transmise une fois pour toutes.
La seconde partie de ce verset traite du sort réservé aux fauteurs de troubles. Ces perturbateurs d’autrefois subiront leur jugement et recevront ce qu’ils méritent. Ce langage est similaire à celui utilisé à d’autres endroits dans les épîtres de Paul (par exemple, Romains 2, 2-3 ; 1 Timothée 5, 12). Mais Paul va plus loin dans ce commentaire. Mais Paul en dit plus long dans ce commentaire que la plupart ne le réalisent. Il montre en substance aux Galates que, bien qu’il ait confiance en eux pour embrasser la vérité qu’il a proclamée, s’ils choisissent de se ranger du côté des fauteurs de troubles, alors eux aussi subiront ce sort.
Le prédicateur de la circoncision ?
Or, au verset 11, Paul s’attache à légitimer la vérité à laquelle il fait référence tout au long de ce chapitre : on ne peut pas ajouter la loi à la croix. Il pose une autre question rhétorique pour inciter son auditoire à raisonner logiquement. Il demande : « Si je prêche encore la circoncision, pourquoi suis-je alors persécuté ? » C’est toutefois une question singulière. Quelqu’un affirmait-il que Paul prêchait la circoncision ? Ce verset semble du moins laisser entendre que certains le faisaient, ou du moins pensaient qu’il le faisait. Cela pourrait-il faire référence à la circoncision de Timothée (Actes 16, 1-3) ? Le point essentiel ici n’est pas tant qu’il prêchait la circoncision, mais plutôt de savoir pourquoi il était persécuté. Prêcher la circoncision n’entraînait pas de persécution, car c’était une pratique acceptée. En revanche, prêcher la croix entraînait bel et bien la persécution. Paul avait déjà évoqué sa persécution pour l’Évangile, et il était clair qu’il avait traversé de terribles épreuves pour cette vérité qu’il leur proclamait. Il en va de même aujourd’hui, lorsque, dans notre culture moderne, nous sommes confrontés à des perversités et à des idoles que l’on nous demande de célébrer et d’affirmer. Si nous allons à contre-courant, nous pouvons nous attendre à subir des pertes.
Les perturbateurs castrés
Au verset 12, Paul souhaite que ces perturbateurs soient retranchés ou castrés (NASB : « qu’ils se mutilent »). Ce terme est utilisé dans Deutéronome 23:1 pour désigner un homme dont l’organe masculin a été coupé. Paul parle peut-être avec sarcasme de ceux qui exigent la circoncision, mais son intention est claire : il souhaite qu’ils soient retranchés de la communauté des croyants.
Liberté et amour
Paul aborde désormais une phase presque nouvelle de la lettre au verset 13, où il met l’accent sur la manière dont les croyants doivent mener leur vie, en particulier les uns envers les autres. Au chapitre 5, verset 1, il avait évoqué la liberté du croyant en Christ, par opposition au joug de l’esclavage. Cette liberté est celle à laquelle Dieu nous a appelés. C’est une libération qui s’accompagne de responsabilités envers Celui qui nous a libérés et envers son peuple. On peut abuser de cette liberté ! Certains pourraient être tentés de transformer cette liberté en une occasion de céder à la chair (au péché). Bien sûr, c’est un péché les uns envers les autres, puisque Paul va les exhorter à mettre à profit la liberté dont ils disposent pour s’aimer les uns les autres. Cet amour est manifestement la motivation qui anime nos actions au sein d’une communauté chrétienne. Si nous agissons par amour, c’est parce que nous sommes libres d’aimer, non pas par obligation, mais par désir.
Une touche d’ironie
Ironie du sort, au verset 14, Paul explique désormais pourquoi ils doivent se servir les uns les autres dans l’amour. C’est parce que la loi leur en donne l’ordre ! Ce verset, tiré de Lévitique 19:18, constituait un principe central dans la manière dont un chrétien devait accomplir la loi dans son intégralité. Jésus a utilisé ce verset de la même manière (Matthieu 22, 39) et Paul l’utilise ailleurs dans ses épîtres (Romains 13, 9). S’ils avaient véritablement l’intention d’observer la loi, ils en accompliraient le commandement principal — mais cela exige un cœur nouveau. Aimer son prochain signifie lui faire du bien, et ce n’était pas le cas. L’obéissance à ce commandement fait partie de la transformation qui accompagne la Nouvelle Alliance :
Mais voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël, Après ces jours-là, dit l’Éternel: Je mettrai ma loi au dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur coeur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. Celui-ci n’enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant: Connaissez l’Éternel! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu’au plus grand, dit l’Éternel; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché. (Jérémie 31 :33-34)
Chien contre chien
Paul met en garde les Galates contre le contraire qui pourrait se produire s’ils n’aiment pas leur prochain en usant de leur liberté. Ils agiront non seulement comme des hommes asservis, mais aussi comme des animaux qui se mordent et se dévorent les uns les autres. Les Galates étaient pris dans un bras de fer autour de la vérité, et Paul met l’accent sur l’obéissance aux commandements de l’amour plutôt qu’aux commandements rituels dépourvus d’amour.
Exhortation
Une église est composée de personnes de tous horizons, et lorsqu’une controverse surgit au sein d’une congrégation, les émotions s’emballent et les frères se retrouvent soudainement à se sauter à la gorge. À moins de choisir délibérément la voie de l’amour, nous céderons par défaut aux instincts de la chair — agissant comme des requins qui considèrent tout ce qui les entoure comme une proie à dévorer. La réponse chrétienne à la controverse consiste à la prendre très au sérieux, en particulier lorsque l’Évangile est attaqué, que ce soit en modifiant son contenu ou en brouillant son message. Mais le but d’une controverse n’est pas de riposter, mais d’affronter ces moments avec patience, gentillesse et un amour qui recherche le bien de l’autre. C’est ce qui préserve la santé et l’unité d’une Église et permet à la sagesse de prendre racine. Ainsi, la prochaine fois que vous vous retrouverez au cœur d’un échange tendu — qu’il s’agisse d’une dispute en bonne et due forme ou d’un simple désaccord —, rappelez-vous que la personne en face de vous reste votre frère ou votre sœur en Christ. Tenez fermement contre les faux enseignements, mais faites preuve de tendresse envers le croyant. Il faut défendre la vérité, repousser les hérétiques, mais aimer ses frères.
